Nous

NOUS éditons Theodor W. Adorno, Bernard Aspe, Alain Badiou, Judith Balso, Jacques Barbaut, Philippe Beck, Mehdi Belhaj Kacem, Luc Bénazet, Walter Benjamin, André Biély, Philippe Boutibonnes, Dominique Buisset, Benoît Casas, Paul Celan, Chateaubriand, Francis Cohen, Jean-Patrice Courtois, Robert Creeley, E.E Cummings, Milo De Angelis, Jacques Demarcq, Antoine Dufeu, Alexandre Dumas, Bénédicte Hébert, Gerard Manley Hopkins, Jacques Jouet, Alain Jugnon, Aurélie Loiseleur, Curzio Malaparte, Christophe Manon, Maupassant, Luis de Miranda, Ovide, Pier Paolo Pasolini, Jacques Roubaud, Sade, Gertrude Stein, Elio Vittorini, Gérard Wajcman, Andrea Zanzotto, Slavoj Žižek et Alenka Zupančič.

Visitez notre site internet...
Retournez à l'accueil du blog

Jun 20

Diesmal de Francis Cohen, par Eric Houser

COHEN

Je ne l’avais pas d’abord remarqué : la couverture du livre de Francis Cohen ne mentionne pas le prénom (de l’auteur), seulement son nom, son patronyme : Cohen. C’est important, une couverture, le choix, la disposition, titre, nom, couleur. Celle de ce livre, valeurs sombres noir / gris, trois noms se détachant (Cohen / Diesmal / NOUS), m’évoque une photographie ou une carte d’identité (carte et photographie d’identité dont il sera d’ailleurs question, métonymies cruciales). Elle tranche dans la série des autres couvertures de cet éditeur, bicolores colorées. Signal de quelque chose - de quoi ? Pour moi, d’une certaine qualité de silence, d’attente, d’angoisse (bien sûr, je sais sans savoir), qui par un bord m’atteint, faisant de moi le temps de la lecture et au-delà le sujet d’une question, (énigme, fiction d’une énigme) qui n’est pas n’importe laquelle puisqu’elle se rapporte au néant généalogique, ainsi que le formule Francis Cohen.
Diesmal, qui pourrait sonner comme le nom d’une pièce chorégraphique, est le deuxième «titre allemand» de l’auteur, après Zwar (en 2008, au Théâtre Typographique) : cette fois, l’un des adverbes qui ne ment, pour paraphraser Lacan. Le choix de l’inscrire «en allemand», et en le portant pour ainsi dire au nom propre, produit cet effet d’étrang(ère)té d’être aussi audible en français, «dit mal» (accentuant autrement que le «mal dit» beckettien - n’oublier pas le dire derrière le dit…).
M’a frappé dans ce qui à certains égards apparaît comme un récit (je veux dire que même s’il s’agit de poèmes séparés, ils ne font pas recueil : le récit ne pourrait-il être l’autre nom du livre ?), une scène que l’on pourrait épingler du «rinçage maternel» : 

la mère descriptive passe

le fils est la cause
qui fixe la peur

il pense loin des descriptions

le crâne comme offrande paternelle
après coup

brûlure dissimulée par le shampooing

descriptions d’or
dans une non-parole
ma tête immobilisait son jugement
le sang était son impasse

sang
générationnel

mère descriptive
rince les cheveux
découvre
les croûtes

(…)

Je n’ai rien su répondre
à la mère descriptive

maintenant la brûlure
en signe d’éternité

un nom
sous les cheveux. 

Le «cette fois» du poème déplie la scène, la redispose après coup dans un agencement qui ne se résout pas en fin mot, en clé de l’énigme. C’est sur cette base que s’éprouve, je crois, l’effacement (oubli ?) du nom, du nom propre dont le titulaire s’est perdu. «Cicatrice et morceaux : identiques / au néant généalogique». Un nom propre est irremplaçable, et c’est pour cela qu’il peut manquer. 
Francis Cohen est l’un des (rares) poètes dont les livres me jettent dans l’enthousiasme, un enthousiasme d’un genre particulier, bordé qu’il est par l’angoisse (l’affect qui ne trompe pas). Lisant et relisant Diesmal, quelque chose me tient, me résiste, me touche et peut-être surtout me fait toucher, à quoi ? Impossible à nommer, à décrire : une rencontre. 

[Eric Houser]

Source : Sitaudis

http://www.sitaudis.fr/Parutions/diesmal-de-francis-cohen.php




Comments (View)
blog comments powered by Disqus
Page 1 of 1