Nouveautés mai

Judith Balso
Affirmation de la poésie
Je lis les poètes, j’apprends des poètes. La puissance du travail poétique constitue une immense réserve, encore à peine explorée. Je ne partage pas le diagnostic d’un affaiblissement contemporain de la poésie. Le travail des poètes se poursuit. Ce que c’est que lire un poème est, pour part, devenu obscur. C’est pourquoi je dirai ce que j’entends par « lire un poème ». J’appelle « événements poétiques » des événements de pensée dont le lieu est un ou des poèmes, ou encore toute une configuration poétique constituée des œuvres de plusieurs poètes. J’ajoute aussitôt que ces événements poétiques sont multiples, absolument variés et chaque fois singuliers. J’ai choisi d’en nommer et d’en présenter ici sept, qui ont trait aux poèmes de Wallace Stevens, Alberto Caeiro (hétéronyme de Pessoa), Ossip Mandelstam, Pier Paolo Pasolini, les poètes « meng long », Guennadi Aïgui, Giacomo Leopardi.
Dans la nouvelle collection NOBIS

Ovide
D’Orphée à Achille
Les Métamorphoses, livres X, XI, XII.
Pour toi pleurent les oiseaux tristes, Orphée, et la foule des bêtes,
Pour toi les cailloux rudes et les forêts qui ont suivi tes poèmes
Pleurent. Pour toi l’arbre laisse son feuillage,
Tond ses cheveux, prend le deuil. Les fleuves aussi, dit-on,
Grossissent de leurs larmes et les Naïades et les Dryades
Repoussent les voiles sous l’habit noir et lâchent leurs cheveux.
Les membres gisent un peu partout. Fleuve de l’Hèbre, tu reçois
La tête et la lyre. Et, miracle, pendant qu’elle glisse au milieu du fleuve,
La lyre pleure je ne sais quoi de triste, quoi de triste la langue
Sans vie murmure et les rives répondent je ne sais quoi de triste.