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Nov 16

Entrées en matière d’Aurélie Loiseleur, par Jean-Pascal Dubost

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Le deuxième livre d’Aurélie Loiseleur (suivant Hommage à Poe, éd. La Dame d’Onze Heures, 2007) propose, derrière son titre, sept « entrées » (« Entrées en éléments », « Entrées en corps », « Entrées à l’autre », « Entrées en poésie », « Entrées en animal », « Entrées en homme », « Entrées en mort ») et s’ouvre sur une dédicace « À revivre », qui, par constat de la dernière entrée, indiquerait quelques jalons d’un parcours de vie lyriqué par intensification du verbe ; ce qui est à revivre se nomme écriture ; du moins : l’acte d’écrire ; qui élimine tout retour nostalgique. « Avec un sens igné » du poème, le narrateur, en cela mystère car plusieurs (tantôt « elle », tantôt « il », tantôt « je », mais aussi « jelle » ou « jil » »), brûle le réel pour le faire renaître de ses cendre en mots, le revisite, qu’elle voit dévasté (la disposition typographique des poèmes et vers révèlent un regard désolé, mais ne s’attardant pas dans quelque mélancolie que ce soit) ; mais le brûler pour brûler de vivre (écrire : revivre). Faisant feu de tous bois, Aurélie Loiseleur est une pyropoète (« Pyropoème sent fort la térébenthine feu raciné aux forêts les rend sonores//quel orchestre surchauffe/les bois »). Située au cœur et au centre du livre, la poésie est clé de vie ; est ce qui s’échappe pour mieux revenir sans être dupe de ses impossibles ; un lyrisme de la sensation mystérieuse, qui affleure sur la dévastation, c’est pourquoi « Poésie râpe », qui « met feu aux grandes raffineries de la parole » ; poésie qui surtout ne chante pas et ne fait pas la belle avec le Beau (« assez de vers de vernissage ») ; un lyrisme sensuellement âpre. Il y a dans le livre une sorte de joie (de feu de joie) devant les sept entrées possibles au monde, et devant le vaste néant qui s’annonce (ou se pressent) ; le livre est cependant une invitation à se repenser, et pour cela faire, une voix s’éloigne d’elle-même, tend à s’impersonnaliser pour se rapprocher de l’autre (lecteur) : il y a dans le râpeux du grain de la voix quelque douceur qui favorise la pensée sur soi-même : quelqu’un nous parle avec une certaine idée de l’opacité du monde réel et muni de sa complexité totale, mais fermement. 

 
Jean-Pascal Dubost

Source : Poezibao 

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/11/entrées-en-matière-daurélie-loiseleur-par-jean-pascal-dubost.html




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